Du mercredi des cendres au jour de Pâques

Texte de Gisèle Monarque
Au moment où vous lirez ces lignes, le Mercredi des cendres sera chose du passé. Ce mercredi où débute le carême me rappelle que, lorsque j’étais enfant, c’était un temps triste et long qui allait durer 40 jours, il faut dire aussi que c’était la fin de l’hiver qui ne finissait plus…Ah ! Qu’il était loin le jour de Pâques ! Et pour y arriver, il fallait passer à travers « un régime » assez sévère. 
 
Déjà, lors du Mercredi des cendres le célébrant, alors que nous étions agenouillés devant lui, procédait à l’imposition des cendres. Il nous faisait une petite croix sur le front avec un peu de cendre au bout des doigts et disait à chacun « Souviens-toi, ô homme, que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière », avouez que pour un enfant de 6 à 10 ans, ce n’est pas très gai ! 
 
Quelques promesses : aller à la messe tous les matins, ne pas manger de bonbons, etc., heureusement qu’il y avait les « Hot cross buns » ! Et quoi dire des retraites où la dernière journée se soldait par une vision des feux de l’enfer, ouf ! 
Le Dimanche des Rameaux revêtait un événement assez particulier avec la distribution, la bénédiction et la procession des Rameaux. Sous l’habileté des religieuses ces rameaux devenaient quelquefois de véritables œuvres d’art. Rares sont les foyers où il n’y en avait pas. Pour ma mère qui avait une « peur bleue » des orages, elle les aspergeait alors d’eau bénite et faisait le tour des pièces de la maison, afin que nous soyons protégés. 
 
Les cérémonies des trois derniers jours de la Semaine sainte représentaient et représentent toujours un temps fort de la Liturgie catholique. 
 
Le jeudi saint et le lavement des pieds où pendant le Gloria on sonne toutes les cloches, qui en signe de deuil, ne se feront plus entendre jusqu’au Samedi saint à midi (version de ma mère : elles sont parties pour Rome et reviendront pour Pâques). 
 
 
Le Vendredi saint et le Chemin de croix (autre version de ma mère : à 15h00 le ciel va s’assombrir, afin de nous rappeler la mort du Christ), alors nous les enfants regardions le ciel pour voir ce phénomène, et j’avoue que dans mes souvenirs…le ciel s’assombrissait ! 
 
A l’occasion des cérémonies de ces deux jours, l’église ne manquait pas de décorum; les banderoles, les toiles aux fenêtres, ainsi que les tissus qui recouvraient les statues avec les couleurs de circonstances nous imprégnaient de l’atmosphère de ces jours saints. La visite de sept églises et l’adoration du Saint-Sacrement; l’eau de Pâques, vous vous souvenez ! 
 
D’autres souvenirs plus terre à terre 
 
Malgré leurs revenus modestes, la population était fière ! Qui ne portait pas quelque chose de neuf à Pâques. Sans chapeau de paille et des souliers neufs « en cuir patent » Pâques n’était pas Pâques. La grand-messe n’était pas une parade de mode, mais proche ! 
 
Les chevaux aussi étaient fiers. À cette occasion ils revêtaient leurs plus beaux atours. Pour la livraison de leurs produits à chaque maison; le boulanger et le laitier les garnissaient de fleurs de « papier crêpé ! » de toutes les couleurs, sans compter les jambons qui n’étaient pas en reste, dans l’étal du boucher; eux aussi ils avaient leurs fleurs en papier crêpé. 
 
Mais le « clou » de la journée pour moi, était le petit panier garni de petits œufs en chocolat et des tous petits poussins jaunes en peluche, sur fond d’imitation de paille, que ma marraine m’apportait. Le tout se terminait par un souper chez les grands-parents maternels et mon père avait l’insigne honneur plus tôt dans la journée, d’aller choisir la poule dans le poulailler qu’il devait; égorger, saigner, plumer, etc. Il va s’en dire qu’il était incapable de  souper avec nous ! En 1945, ce poulailler se trouvait toujours sur la 27ième avenue, près de la rue St-Zotique, à Rosemont.  
 
Beaucoup d’autres souvenirs pourraient être énumérés pour cette période qui annonce le printemps, qui enfant n’était pas pressé de casser la glace sur les trottoirs, de sortir les billes pour jouer sur les murs de l’école, etc. Je m’arrête, il faut en garder pour la prochaine fois.