Le défilé de la St-Jean

Texte de Gisèle Monarque
Nous sommes en juin 1947, en période d’examen de fin d’année; nous avons 9 à 12 ans, ce sera bientôt la fin de l’année scolaire et nous profitons des derniers jours de classe pour pratiquer entre filles nos jeux préférés dans la cours d’école lors de la récréation et de l’heure du midi: le ballon-chasseur, le drapeau, la corde à danser, etc., nous pouvons également observer nos frères et leurs amis, …au travers la clôture de leur école qui jouxte la nôtre ! 
 
Mais nous avons déjà en tête les "sorties de vacances" promises par nos parents et un petit refrain nous trottent dans la tête : "Vive les vacances, au diable les pénitences, on va mettre l’école en…censure…!" 
 
Sorties "classiques" prévues à cette époque, pour une famille montréalaise, dont le nombre d’enfants s’élèvent facilement à quatre ou cinq: le parc Lafontaine, le parc Belmont, la Chapelle de la Réparation, le Jardin botanique, quelques pique-niques ici et là et le Défilé de la Saint-Jean-Baptiste qui marque le début de l’été. 
 
Nous voilà donc vêtus de nos plus beaux atours et en route pour prendre autobus et tramway en direction de la rue Sherbrooke, afin de se réserver la plus "belle chaîne de trottoir" qui soit pour s’asseoir. Jai souvenir de cette rue et de l’effervescence qui y règne; la foule est joyeuse, je trouve les maisons belles et les drapeaux et bannières qui garnissent les balcons, ajoutent à l’esprit de la fête. 
 
À cette époque le défilé de la Saint-Jean-Baptiste a un caractère patriotique; il rend hommage aux Canadiens-français qui ont su protéger leur langue, leur foi et leurs traditions. Notre chœur d’enfant bat la chamade à la vue, à quelques mètres, de l’une de ces fanfares qui viennent de tous les coins de la Province et qui nous font entendre nos chants traditionnels : "À la claire fontaine", "Auprès de ma blonde" et autres; par la suite les chars allégoriques nous rappellerons le courage des premiers pionniers et les métiers qu’ils ont pratiqués: cordonniers, forgerons, menuisiers, etc., par intermède les danses folkloriques ne seront pas en reste et nous rappellerons la bonne humeur légendaire de nos ancêtres. 
 
Il ne faut pas oublier nos dignitaires participant au défilé dans les voitures officiels; Camilien Houde, maire de Montréal, reconnut pour sa forte corpulence ne passe pas inaperçu vêtu d’un habit blanc, ganté, avec 
chapeau de paille et canne à pommeau d’or. 
 
Historique de la St-Jean 
 
Depuis 1834 les Canadiens-français célèbrent la Saint-Jean-Baptiste à titre de fête nationale, suite à la fondation de la Société Saint-Jean-Baptiste par Joseph-Ludger Duvernay. 
 
Mais souvenons-nous que notre fête nationale est plus ancienne que Saint-Jean-Baptiste lui-même; elle remonte à la plus haute antiquité et son évolution peut se diviser en trois phases : les coutumes païennes, le culte catholique et le sentiment national. 
 
Culte du soleil 
 
L’usage de se rassembler pour se réjouir date de la plus haute antiquité où l’on fixa au solstice d’été, du 21 au 24 juin qui sont les jours les plus longs de l’année, l’hommage général que l’on voulait rendre à la vénération de la lumière et au culte du soleil. 
 
Par la suite les Perses, les Grecs, les Romains et les Gaulois honorèrent la puissance suprême sous l’image du feu qui était considéré comme source de vie; on l’adorait faute de connaître son créateur. 
 
Le christianisme 
 
La venue du christianisme tout en gardant les anciennes coutumes, donna un sens mystique aux célébrations en plaçant sous l’invocation de Saint Jean-Baptiste; les feux de solstice d’été. 
 
Enfin la Saint-Jean ou plutôt son origine, est vieille comme le monde; elle est en vigueur dans ces parties de la France dont sont originaires les pionniers de la première heure et subsiste au Canada depuis le commencement de la colonie. 
 
Lorsque des familles de cultivateurs et quelques habitants des villes partirent de la France pour venir coloniser le Canada, elles apportèrent ici l’habitude de ces célébrations. On les retrouve dans plusieurs écrits au cours des deux siècles qui se poursuivent jusqu’à 1834, moment ou Joseph-Ludger Duvernay, visionnaire, leur donne la vocation officielle d’identification à la fête des Canadiens-français, devenue depuis la fête des Québécois. Ces célébrations évoluent sans cesse et se traduisent aujourd’hui par des feux de joie, des défilés, des spectacles et des fêtes de quartier au travers toute la province de Québec.