Les cordes à linge

Texte de Gisèle Monarque
Dans mes jeunes années, le lundi était jour de lessive et dans les cours arrières des maisons, c’était alors la « fête » des cordes à linge, qui étaient garnies de tout l’assortiment de linge qui se trouvaient dans les maisons, que ce soit : les draps blancs bien sûrs, les taies d’oreillers, les nappes, débarbouillettes tout y passait, également les robes de maison, les chemises de papa, les sous-vêtements, les bas de toute la famille et pour finir les guenilles que nos mères prenaient pour faire le ménage, les tapis, etc. Avez-vous souvenirs de l’odeur incomparable de tout ce linge lorsqu’on le rentrait dans la maison ! 

Le printemps, l’été et l’automne étaient les saisons les plus favorables pour étendre son linge sur sa corde à linge, mais les plus résistantes étendaient leur linge dehors même l’hiver : à l’exemple d’une tante, qui toute jeune mariée, alors que nous étions déjà une famille de quatre jeunes enfants, est venue habiter avec nous quelques temps en 1945, dans l’attente d’un loyer. Elle rentrait dans la maison « combinaison Penman’s 91 » de son mari et ses bas de laine séchés sur une forme en métal. Tout ce linge gelé se tenait tout seul et le seul endroit pour terminer le séchage était les crochets au-dessus des portes, ce qui désespérait ma mère craignant que ces jeunes enfants « tombent » malades. 

Art d’étendre son linge 

Jeunes mariés nous habitions à Verdun, au 2ième étage d’un triplex, tout comme nos voisins, puisque c’était une rue....de triplex ! Vous pouvez imaginer que dans notre triplex, il y avait déjà 3 cordes à linge, la voisine d’en haut et la voisine d’en bas, et les 3 cordes à linge de chacune des voisines de chaque côté; ce qui fait 9 cordes à linges et Bla...Bla…Bla, toutes les histoires du quartier y passaient ! 

J’avais alors la phobie de bien étendre mon linge et de quelle façon il fallait le faire, vu la grande expérience de mes consœurs, d’en haut, d’en bas et de chaque côté, qui « zieutaient » ma corde à linge. Dans ce temps-là, il y avait une sorte de compétition entre voisines; on n’étendait pas son linge n’importe comment ! Les bas étendus en suivant la longueur et les grands morceaux au début de la cordée. On portait des jugements; le linge classé par couleur et grandeur indiquait disait-on, une personne ordonnée. 

Quelques souvenirs 

Avant les sécheuses, l’hiver il fallait bien le faire sécher quelque part ce linge frais lavé; chez mes parents mon père avait installé quatre petites poulies avec corde aux quatre coins de la cuisine, il en déroulait la corde qui se croisait au-dessus de nos têtes, sans oublier toute la longueur du passage. Alors s’y trouvait tout ce qui séchait habituellement à l’extérieur, sans oublier les couches en « flanellette » du p’tit dernier. Eh oui, c’était avant les couches en papier, et ce linge il fallait le changer de côté, la chaleur ne venant que d’un endroit, le poêle à bois. 
Et la porte du fourneau du poêle à bois, il fallait bien qu’elle serve à quelque chose; elle était entre ouverte pour servir de séchoir à nos tuques, mitaines et bas lorsque nous revenions de jouer dans la neige. 

L’ancêtre du nettoyage à sec 

Pas question en ces temps lointains d’envoyer chez le nettoyeur, les culottes « British » des trois ou quatre garçons de la maison, qui avaient été taillées et cousues à partir du vieux paletot du « mon oncle » (faire du neuf avec du vieux comme on disait). Ma belle-mère me racontait qu’elle nettoyait ces pantalons et autres vêtements avec du thé ou du vinaigre et qu’elle les mettait sur la corde à linge par temps froid et l’hiver, afin de les rafraîchir. 
Le chapelet 
Selon la tradition, la future mariée devait accrocher son chapelet sur la corde à linge la veille de ses noces pour avoir du beau temps; malheur à celle qui ne s’y confirmait pas. 
 
La nuit sur la corde à linge 

Levez la main celle...ou celui parmi vous qui n’avez jamais passé une « nuit sur la corde à linge ». 

Conclusion 

Enfin, en ces temps de lutte contre les changements climatiques, peut-être assisterons-nous à un retour en force des cordes à linge et que nos sécheuses se retrouveront à leur tour du côté des souvenirs